Ralliement à Le Pen : Nicolas Gauthier donne raison à Alain Soral
08-11-2007
1989, le Mur de Berlin tombe. Et avec lui, une certaine conception des rapports politiques internationaux ; une forme de paresse intellectuelle, aussi : c’est qu’il était confortable, le monde d’avant, avec ses “gentils” et ses “méchants”. Le problème est que la majeure partie du personnel politique français continue de fonctionner comme s’il ne s’était rien passé, coincés dans des schémas issus de la Guerre froide, et pareillement bloqués dans ceux de notre monde post-moderne, où la figure du méchant islamiste a opportunément remplacé celle du bolchevik, le coutelas coincé entre les dents. Où l’on s’alarme d’une “islamisation” de la France, certes réelle, mais néanmoins marginale, mise en regard à “l’américanisation” de ce même vieux pays ; elle aussi réelle, mais autrement plus massive. À la notoire exception de Jean-Marie Le Pen ; lequel, à cette occasion, a donné un sacré coup de vieux à ses adversaires et concurrents. C’est toujours le cas.

Le Mur de Berlin, donc. Et les tranquilles certitudes tombées avec. Avant, c’était facile : il suffisait d’être anticommuniste – et il fallait d’ailleurs du courage pour se revendiquer tel – et c’était souvent tout. Comme une sorte de pensée en creux, sachant qu’être contre tel ou tel – le communisme ou Le Pen – n’est pas plus un programme politique qu’une vision du monde. Et après, une fois que ce dernier a changé ? Après ? Vladimir Volkoff dans son ouvrage posthume, “La désinformation vue de l’Est” (Le Rocher), reconnaît : “Je n’ai pas changé de camp, je suis toujours reconnaissant aux États-Unis d’Amérique d’avoir été à peu près les seuls en Occident (avec, paradoxalement, l’Espagne franquiste et la Yougoslavie de Tito) à tenir tête au péril communiste soviétique et de nous avoir conduits à la victoire et je dirai à la libération du peuple russe, première victime du communisme. Simplement, les priorités ont changé.” Et le même de reconnaître : “Jusqu’en 1990, j’étais persuadé que l’expression “d’impérialisme américain” semblait sortir directement des bureaux de propagande soviétique. (…) Paradoxalement, c’est la chute de l’empire soviétique qui nous permet aujourd’hui de prendre conscience que la formule, pour sortie qu’elle soit peut-être de ses bureaux, n’en exprime pas moins une indéniable réalité.”

Ce n’est pas Le Pen qui a changé, mais le monde qui a bougé…

Ce qu’écrit Vladimir Volkoff, homme auquel on doit la création et la définition du vocable “désinformation”, Jean-Marie Le Pen le met illico en œuvre dès 1990, avec le premier conflit “post-Guerre froide”, celui du Golfe. Parce qu’il est le premier à comprendre que ce dernier ne correspond pas aux configurations précédentes. Logiquement, s’il s’en était tenu aux logiciels d’avant, s’il s’était, comme tant d’autres, débranché le cerveau, il aurait pu, ou dû applaudir à l’équipée américaine en Irak – les USA, pays allié, libéral, occidental, qui s’en va envahir un régime arabe, musulman et socialiste, anciennement terroriste et ami de Moscou, qui plus est : tous les ingrédients de la “croisade” en trompe l’œil y sont. Mais l’éternelle désinformation américaine, les provocations habituelles – couler un navire battant pavillon américain pour envahir Cuba, “laisser faire” à Pearl Harbor pour entrer en guerre contre le Japon, torpiller ses propres bateaux en baie du Tonkin pour justifier de l’intervention au Vietnam, après en avoir chassé les Français en finançant Ho Chi Minh, jouer la carte du FLN contre la France, puis celle du GIA contre l’État algérien – sont une nouvelle fois au rendez-vous et il est le seul à l’avoir compris. Le seul à avoir pressenti ce que révélera ensuite l’écrivain Pierre Salinger, ancien conseiller de John Fitzgerald Kennedy, dans son remarquable essai, cosigné avec Éric Laurent, “Guerre du Golfe” (Olivier Orban) ; c’est-à-dire, la manipulation américaine laissant à croire au président irakien Saddam Hussein qu’il peut, sans risque, envahir le Koweït, alors qu’il ne s’agit que d’un nouveau piège destiné à laisser les coudées franches aux USA pour contrôler les réserves pétrolières de la région.

On remarque qu’à cette occasion, Jean-Marie Le Pen, minoritaire en son propre bureau politique, alors plutôt tenté par le bellicisme atlantiste, fait passer la position officielle du Front national aux forceps. L’avenir lui donne raison. Peu de temps après, il fait preuve de la même lucidité dans la guerre civile embrasant l’ancienne Yougoslavie. Et là encore, toujours les mêmes vieux réflexes. Les Croates ont raison parce qu’ils sont catholiques. Les Serbes ont tort parce que suspectés de sympathie pour l’ancien régime communiste, fut-il non-aligné, talent politicien et rouerie de maquignon du défunt maréchal Tito obligent. Il faut en finir avec les “Serbolcheviks”, alors donnés pour tels par un de ces journalistes de cette presse donnée pour être “amie”, mais dont le calembour tient encore lieu de ligne politique – quitte à faire le lit de Bosniaques musulmans, à la fois téléguidés par la CIA et ces divers réseaux islamistes qui constitueront plus tard le noyau dur d’Al Qaïda.

Rejoint par Régis Debray et Dominique de Villepin

Là encore, Jean-Marie Le Pen voit que les anciens clivages n’ont plus lieu d’être et que le rôle de la France et de l’Europe ne saurait consister à servir de supplétifs à une Amérique qui ne tarde pas à s’implanter dans les Balkans, tout en instrumentalisant le terrorisme islamiste, là en Bosnie, mais, plus tard, au Kosovo et en Tchétchénie, ce qui lui permet, dans la foulée d’impunément bombarder les populations chrétiennes de Serbie et de clouer la Russie au pilori. Jean-Marie Le Pen proteste. Il est bien l’un des seuls, avec Jean-Pierre Chevènement et Régis Debray. De fait, il proteste si bien et si fort que lors de la seconde Guerre du Golfe, Jacques Chirac et Dominique de Villepin en arrivent à camper sur ses positions. Ce faisant, ce n’est pas forcément la géopolitique lepéniste qu’ils rallient enfin, mais seulement l’ancestrale politique française, dans la tradition du Quai d’Orsay, pétrie de culture gaullo-bainvillienne avec laquelle ils renouent enfin. Si si, le général de Gaulle, dont la politique étrangère consista toujours à tenir la France équidistante des deux blocs, américains et soviétique. Et Jacques Bainville, royaliste d’Action française et fin observateur des affaires internationales. Pareillement, alors que toute la puissance de feu médiatique des USA, laquelle n’est plus aujourd’hui contrecarrée par son homologue soviétique, nous vend un fumeux “Choc des civilisations”, théorie toute droite issue des officines de la CIA, avec la “fin de l’histoire” qui va avec, Jean-Marie Le Pen tient bon. Refuse de diaboliser la sainte Russie de Vladimir Poutine, vient au secours de l’Iran chiite de Mahmoud Ahmadinejad, du Vénézuela d’Hugo Chavez ; bref, persiste à ne pas plier le genou devant la nouvelle pensée binaire qu’on entend nous imposer, d’outre-Atlantique, consistant à dresser chrétiens contre musulmans tout en faisant semblant de défendre les Israéliens, de pousser à la guerre les Européens contre les Perses et les Arabes, et à écraser ces derniers Sud-Américains dont le seul crime consiste à vouloir se soustraire à une tutelle yankee remontant maintenant à plus de deux siècles, la fameuse doctrine Monroe. C’est parce qu’il a lutté, bien seul parfois, contre le totalitarisme soviétique que Jean-Marie Le Pen n’est pas le moins bien placé pour lutter contre son actuel avatar : ce mondialisme battant pavillon de complaisance anglo-saxon ; ce qui est assez logique pour un “Occident” sans frontières, lequel n’ayant rien à voir, en essence comme en substance, avec notre vieille maison européenne, n’est jamais rien d’autre qu’une nouvelle “invincible armada” au service d’une république de marchands. Laquelle a évidemment beau jeu de brandir la menace d’un autre totalitarisme présumé, l’islamisme. Mais qui bombarde qui ? Qui occupe qui ? Qui opprime qui ? Sont-ce les USA qui sont envahis ou l’Irak, pays ayant perdu plus d’un million de ses femmes, de ses vieillards et de ses enfants, pour cause d’un embargo inique et dicté par le nouvel empire étatsunien ? De même, est-ce la Maison blanche qui dicte sa politique intérieure à des pays tels que le Maroc, l’Égypte, la Jordanie ou le contraire ? Qui, de la puissante Amérique ou de l’Iran, déjà victime de sanctions économiques qui étranglent peu à peu son économie, se propose d’atomiser l’autre, au prétexte que la première aurait droit à la puissance nucléaire et pas la seconde ? Ce sont également les Américains qui occupent les lieux saints d’Arabie Saoudite. Et pas d’hypothétiques régiments musulmans qui campent au Vatican… Pour finir, c’est Washington qui tente d’étrangler Moscou et pas l’inverse.

Homme d’État plutôt que chef de bande

Et dire que cette nouvelle donne géopolitique continue d’être par certains analysée à l’aune des rapports de force issus de la Guerre froide… Quand un Bernard Antony, pour ne citer que lui, persiste à voir en Hugo Chavez un tyranneau marxiste, tandis que Jean-Marie Le Pen persiste à le tenir pour un patriote vénézuélien, cela ne signifie pas forcément que l’un ait tort et que l’autre raison ; mais simplement que l’un vit dans le réel, alors que pour l’autre, les compteurs sont depuis longtemps bloqués. La très respectable association “Chrétienté Solidarité”, fondée par Bernard Antony, a ainsi pour objet social de défendre les chrétiens, où qu’ils soient, fort bien ; mais cela relève plus, là, du domaine de l’ONG que de celui de la politique. Pareillement, faire reproche à Jean-Marie Le Pen, lors de son dernier voyage au Liban, d’avoir pris langue avec le Hezbollah, procède de la même confusion intellectuelle. Parce qu’au pays du Cèdre, l’heure n’est plus à l’affrontement entre “gentils” chrétiens” et “méchants” musulmans – pour qui connaît mieux l’affaire, cela n’a d’ailleurs jamais été le cas –, “bons patriotes libanais” et “affreux Palestiniens de l’OLP”, jadis un peu financés par l’URSS ; mais à d’autres lignes de force et de convergence. Celles de l’alliance entre musulmans chiites et chrétiens maronites, qui préfèrent encore s’arranger avec la Syrie et l’Iran que de se faire dicter leur conduite par les USA. Cela aussi, Jean-Marie Le Pen l’a compris avant les autres. A compris aussi que la France ne pouvait plus continuer à ne soutenir que les assassins des camps de Sabra et de Chatila. A compris que s’il faut bien, un jour ou l’autre, arriver avec des idées simples dans un Orient complexe, au moins faut-il s’y rendre en homme d’État et non point en chef de bande. Ce d’autant plus que là-bas, des bandes et des clans, ils n’en manquent pas et que ce n’est pas forcément rendre service à ce petit pays d’y exporter ses propres petites querelles.

Pourquoi tout cela ? Sans parler à sa place, on écrira juste que Jean-Marie Le Pen a peut-être voyagé et vécu plus que d’autres. Que lors de ses pérégrinations plus ou moins officielles, il a rencontré nombre de ses homologues, qu’ils soient au pouvoir ou dans l’opposition ; soit des personnes issus des milieux politiques les plus divers, aux opinions pas forcément compatibles au premier regard, mais qui ont tous au moins ceci de commun : la défense de leurs peuples respectifs. Ainsi, lorsque Jean-Marie Le Pen se lie d’amitié, à la fin des années quatre-vingt-dix, avec l’ancien Premier ministre turc, Necmettin Erbakan, dirigeant du mouvement islamiste Refah, désormais dissous, ensuite reconstitué par son actuel successeur Recep Erdogan, le patriote turc Erbakan s’adresse au patriote Le Pen pour lui dire que si la Turquie a vocation à être partenaire privilégié de la France – c’était déjà vrai du temps de François 1er –, elle n’a nullement celle d’intégrer l’Europe, même si la Maison blanche déploie, en la matière, de surhumains efforts.

Ces “amis” américains qui soutiennent l’Europe, telle la corde le pendu…

Cette apparente contradiction – les USA se veulent croisés de la lutte mondiale et “chrétienne” contre l’islam de combat –, tout en voulant intégrer de force, la Turquie au substrat européen, pays qui serait alors, étant le plus peuplé d’Europe, celui qui dominerait, de fait, les institutions de Bruxelles et de Strasbourg – n’est compréhensible qu’à deux conditions. La première consiste à ne pas oublier les visées stratégiques américaines remontant à l’immédiate après Seconde guerre mondiale : la Turquie, première armée de l’OTAN, alliée, jusqu’alors, plus ou moins inconditionnelle d’Israël, est l’un des fondements de la main mise américaine en notre “Mare Nostrum”. La seconde n’est intelligible que si l’on conçoit que depuis qu’ils existent, les USA ont toujours manigancé contre l’Europe, ce monde catholique pour lequel ils n’éprouvent que mépris. À ce titre, on accuse souvent les Européens de se défier de l’Amérique ; mais il serait bon qu’un jour, ces Américains se justifient de leur anti-européisme de toujours…
D’ici là, les lignes ont continué de bouger, mais avec une immuable constance. Jouer de l’islamisme turc contre ce qui demeure de catholicisme européen. Jouer avec le feu, aussi : flatter les Kurdes d’Irak et leur pétrole tout en les empêchant de revendiquer leur légitime indépendance, en Irak, en Turquie, comme en Iran, autre vieille nation qu’ils s’apprêtent à atomiser, sous prétexte d’une nouvelle “Guerre sainte”, pour simplement mieux s’accaparer leurs ressources énergétiques, tel que c’est en train de se faire, certes, maladroitement, en cet Irak qu’ils ont précédemment armé pour l’envoyer mener, avec le succès que l’on sait, la guerre au pays des mollahs. Des mollahs qui, rappelons-le, ont été poussés au pouvoir par les USA contre le Shah d’Iran. Les amis de la puissante Amérique ne servent plus dès lors qu’ils cessent de la servir. La liste est longue de ces idiots utiles. Cette éternelle politique visant, pour les USA, à mieux diviser pour mieux régner, Jean-Marie Le Pen aura donc été pionnier en la mettant en lumière, lui qui aime à dire que là où il y a du pétrole, il n’est pas besoin de creuser bien profond pour trouver de l’Américain.

Contre Le Pen, la coalition des zozos…

Saluons le courage de l’homme ; presque seul contre tous, une fois de plus. Seul face à cette coalition inédite, dans laquelle cohabitent les lambeaux d’une extrême droite décidément toujours en retard d’au moins trois guerres, ce Bloc identitaire par exemple, qui fait dire à Alain Sanders, du quotidien catholique “Présent” : “Attaquer les États-Unis aujourd’hui c’est tout simplement, consciemment ou inconsciemment, se faire les complices de l’islam. Je suis, sur ce plan-là, entièrement, complètement, intégralement en phase avec Maurice G. Dantec. Et avec les néo-conservateurs, et les New Born Christians américains. L’Amérique reste le dernier bastion de souveraineté – et d’identité – occidentale et je crois à l’importance stratégique du royaume d’Israël dans la lutte contre l’Antéchrist coranique.” Feuille de route que confirme l’essayiste Bernard-Henri Lévy dans les colonnes du “Nouvel Observateur” : “L’anti-américanisme est une métaphore de l’antisémitisme…” Mais que le Pape Benoît XVI ait fermement condamné les théories des néo-conservateurs américains, refusant, au passage, de recevoir Condoleezza Rice, secrétaire d’État à la Défense de la Maison blanche, ne paraît pas les troubler plus que ça. À cet équipage inédit, il est encore possible d’atteler d’autres comiques troupiers : Philippe de Villiers, qui accuse Jean-Marie Le Pen de complaisance vis-à-vis de l’islam, et Jacques Bompard qui lui fait grief de bazarder les “fondamentaux du Front national”. Comme tout cela est sérieux. Le maire d’Orange qui fait le rabatteur pour le MPF, pendant que le patron du Disneyland vendéen tapine pour l’UMP : ils sont où, les “fondamentaux” ?
Ces fondamentaux géopolitiques, c’est fatalement qu’on les retrouve à l’échelon national. Car là aussi, les choses ont changé. L’immigration que l’on a connue dans les années quatre-vingt n’est plus celle que nous subissons aujourd’hui. Le Front national, alors sociologiquement classé à droite, est devenu, depuis l’élection présidentielle de 1995, le premier parti ouvrier de France ; soit un mouvement dont l’assise électorale a glissé à gauche, alors que nombre d’électeurs bobos, tendance “libérale libertaire” sont désormais attirés par un Sarkozy ou un Bayrou, ayant au passage, attiré dans leur sillage, un nombre considérable d’idiots utiles de droite ayant voté, en 2007, pour l’actuel squatter de l’Élysée, néo-conservateur à la française et raciste en cravate. Ce qui signifie aussi que de continuer à agiter l’épouvantail du “socialo-communisme” relève aujourd’hui du simple mantra.

Si l’Algérie était restée française…

Dans la foulée, venons-en à la fameuse “beurette” sur l’affiche de Marine Le Pen. À ce titre, il est pour le moins baroque de voir des gens ayant fait leurs premières armes de jeunesse dans les rangs de l’Algérie française venir ronchonner parce qu’aujourd’hui, certains Français sont plus bronzés que d’autres. Car s’ils avaient gagné, si l’OAS avait emporté, ce ne serait pas deux millions d’immigrés d’origine algérienne que nous aurions aujourd’hui en France, mais près de quarante millions de Français à part entière. À cela, ils répondent souvent : “Oui, mais avec nous, ils seraient restés chez eux !” Tiens donc. L’Algérie française étant, les Algériens (devenus Français) auraient été interdits de séjour en France, tandis que les Français (Algériens de fait) auraient pu aller s’installer à leur guise en Algérie. Et non de quoi ? Du fait que chez eux, cela aurait chez nous, mais que chez nous, cela n’aurait jamais été chez eux… Et s’il avait fallu un jour tous les virer, où l’aurait-on fait ? En France ? Ou en Algérie ? Tout cela ne tient guère debout. À propos de l’islam. Les mêmes nous assurent : “On les aurait convertis au christianisme !” Et comment, peut-on savoir ? À grands coups de bâtons sur la tête ? Ou, en leur expliquant ceci, peut-être : “Désolé, vieux, qu’on occupe ton pays et que tu doives te soumettre à nos lois, ça ne suffit toujours pas. Maintenant, il faut que tu épouses la religion de l’envahisseur ! Et ne vas pas te plaindre, vu qu’on t’a construit des ponts et des routes…”

Cette “Beurette”, qui, d’ailleurs, n’en est pas une, il s’agit juste d’une Française du lointain, représente cette part d’histoire française que fut la colonisation, initiée, rappelons-le, par des républicains de gauche, avant d’être perdue, dans un assez remarquable baroud d’honneur, par des patriotes de droite. D’autres commentateurs, pas toujours bien intentionnés, même s’ils prétendent faire le bonheur et la réussite d’un Front national qu’ils auront, le plus souvent, passé leur vie à trahir ou à poignarder, évoquent la “soralisation” de Jean-Marie Le Pen et la “gauchisation” de son mouvement, toujours au nom de ces mêmes “fondamentaux”. Encore une polémique pour les enfants. Alain Soral, même s’il est l’un des essayistes les plus brillants du moment – lisez “Misères du désir” (Blanche) pour vous en convaincre –, n’est pas “le” conseiller de Jean-Marie Le Pen, mais l’une des multiples personnes que le président du Front national a depuis toujours coutume de consulter avant de prendre, seul, une décision. Alain Soral est de gauche ? Oui, c’est vrai. Mais à tout prendre, il vaudra toujours mieux un gauchiste patriote qu’un homme de droite mondialiste. Et puis, pour ceux qui ont quelque mémoire, ce n’est ni le premier, et encore moins le dernier gauchiste à avoir rallié le Front national. Durant la scission mégrétiste, il y en avait déjà plein, au Front national. Ils sont tous demeurés fidèles à la personne de Jean-Marie Le Pen, alors que la majeure partie des “Versaillais” trahissait. D’ailleurs, le Front national, même si un temps, s’est revendiqué de l’étiquette de “droite sociale”, il n’a jamais véritablement été un mouvement de droite, s’agissant juste d’un terme crânement brandi parce que d’autres l’avaient abandonné dans le caniveau. Ni gauche, ni droite ? Non, car pour être plus précis, le Front national a toujours été à la fois de gauche “et” de droite. Français, Européen, aussi. On a connu feuille de route plus vilaine… Et capitaine plus incompétent, surtout.


Nicolas GAUTHIER
Journaliste et écrivain

 
On n'est pas couché, mais on n'est pas plus intelligent non plus
06-11-2007
Par Jean Robin | http://ils-ont-tue-la-tele-publique.blogspot.com

J'ai enfin pris la peine de regarder une émission On n'est pas couché sur France 2 du début à la fin.

L'affiche était très peu originale comme d'habitude à la télévision, Bernard-Henri Lévy, Bernard Werber, Hervé Morin, Nadine Trintignant, Steevy et Princesse Erika. Rassurez-vous, je ne m'arrêterai pas sur ces deux derniers, car il n'y a rien à dire du vide, sauf qu'il peut aussi remplir.

Avant toute chose, malgré le débat apparent, il faut reconnaître que les invités le sont parce qu'ils sont connus, voire très connus, voire un peu trop connus. Et cela, c'est presque rédhibitoire. Comme du temps de Thierry Ardisson (qui produit d'ailleurs On n'est pas couché), on favorise ceux dont tout le monde parle déjà. Ce sont autant de personnes qui ne sont pas connues, qui ont du talent et qu'on laisse dans l'ombre. Bref, c'est augmenter le fossé qui sépare les riches, connus et bankables, des pauvres, inconnus et qui rament pour faire publier leur ouvrage. L'avantage avec la télévision c'est que l'inégalité est dénoncée sur le plateau, mais renforcée dans les faits par cette même télévision, sans être dénoncée évidemment, celle-là.

Nadine Trintignant avait dû négocier sa venue, en imposant qu'aucune critique (qui aurait été forcément déplacée) sur sa douleur de victime de mère ayant perdu sa fille innocente ne soit faite. Eric Naulleau ira jusqu'à dire "il n'y a pas de critique à faire sur votre combat pour les femmes battues". Mais, au-delà de la compassion qui régnait alors sur le plateau, nos chroniqueurs impertinents auraient pu rappeler la désinformation qui règne sur la question des femmes battues :

"L'Enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Population & sociétés, janvier 2001) révèle un indice global de violence conjugale à l'encontre des Françaises de 10%, qui se décompose bizarrement ainsi : insultes et menaces verbales (4,3%), chantage affectif (1,8%), pressions psychologiques (37%), agressions physiques (2,5%), dont répétées(1,4%), viols et autres pratiques sexuelles imposées (0,9%). Les journalistes et les politiques traduisent : 10% de femmes sont battues en France. Tous les 8 mars, nous avons droit à cette affirmation erronée, sans que jamais personne ne songe ni à consulter les chiffres ni, évidemment, à les rectifier. Source : site d’Alain Soral"

Eric Zemmour, qui pompe si souvent Alain Soral jusqu'à avoir dit sur le plateau d'On n'est pas couché il y a deux mois que c'est lui qui avait inventé l'expression "vers la féminisation" (alors que c'était le titre du livre de Soral en 1999), aurait pu citer ces quelques chiffres issus du site de Soral.

Hervé Morin fut certes mis devant ses contradictions, mais dans une ambiance si joyeuse que cela coulait comme l'eau sur les plumes d'un canard. La question la plus pertinente, de l'avis de tous les gens présents sur le plateau, fut posée par Steevy, c'est dire.

Bernard Werber fut critiqué pour son manque de style, mais le meilleur vendeur de livres actuel bénéficia tout de même de la publicité du service public, qui fait connaître de nouveaux talents au public.

Même chose pour Bernard-Henri Lévy, qui fut lui aussi largement tancé, mais qui était invité pour la 43è fois à la télévision pour son dernier livre. Il serait temps que d'autres s'occupent des invités sur le service public, le peuple français par exemple. Le pire c'est que ce serait sans doute les mêmes têtes que l'on verrait... Donc je corrige, il faudrait confier cette charge à des gens cultivés, et qui veulent tirer le peuple vers le haut et non vers le bas.

 
Jacques Cheminade donne raison à Alain Soral
05-11-2007



 
Yeshayahou Leibowitz donne raison à Alain Soral
04-11-2007



 
Antifascisme, Jospin donne raison à Alain Soral
31-10-2007



 
Quelle alternative au monde bourgeois ? (UDT E&R, Villepreux, les 8 et 9 septembre 2007)
31-10-2007
Bourgeois…

Hier, disons jusqu’à la fin des années 70, le mot bourgeois était considéré comme une injure, tant par le prolo, que par l’artiste ou l’aristo déchu. Il a aujourd’hui disparu du vocabulaire, au profit du riche, du people, du jet set… prouvant ainsi que l’argent - et les valeurs qui vont avec - ne sont plus honteux ni suspects.

- Ni honteux ni suspects aux anciennes élites du gotha que l’on peut voir rivaliser de vulgarité avec les nantis du show-biz dans Gala.

- Ni honteux ni suspects aux classes populaires qui rêvent elles aussi de réussite individuelle fulgurante en grattant leur ticket de Loto et en regardant Saga, La Nouvelle Star…

- Ni honteux ni suspects au sous-prolétariat immigré qui ne rêve lui aussi que maille, custom et bimbos…
Anciens riches, moyens pauvres, nouveaux pauvres… chez tous, partout, l’idéologie libérale a triomphé, car quand on parle de « bourgeois », c’est d’abord de ça qu’il s’agit.

Qu’est-ce que le monde bourgeois ?

Une communauté humaine, une classe sociale devenue monde avec sa prise de pouvoir sur la terre et les esprits, et qui ne fait qu’une avec l’histoire du libéralisme.
Comprendre la bourgeoisie, ce qu’elle EST, ce qu’on peut lui reconnaître et lui reprocher, c’est d’abord comprendre l’épopée libérale, son ascendance, sa domination, ses mensonges, ses contradictions, sa décadence.

Le monde bourgeois libéral est fondé - comme toute société, tout groupe humain - sur deux piliers :
- l’un spirituel,
- l’autre matériel.
De savoir lequel a antériorité sur l’autre – qui distingue thèse idéaliste et thèse matérialiste – a moins d’importance que de comprendre que, comme pour la tête et les jambes, l’un ne va pas sans l’autre…

Les deux piliers du monde bourgeois libéral sont donc :
- L’individualisme, inauguré et théorisé par le cogito de Descartes, le « je pense donc je suis ». Une affirmation/émancipation du monde ancien, où primaient la communauté et le fatum, qui contient en puissance toute la liberté et toute l’arrogance de l’ «homme moderne ».
- Le Marché, qui, dans ce monde partant de l’individu libre et pensant, devient le seul « nous », la seule communauté qui régit désormais, dans un monde sans Dieu, les relations entre les hommes.
Un double avènement de la rationalité des sciences de la nature contre l’ordre divin et de l’intérêt individuel quantifiable comme mobile de l’action, qui fait de l’ère bourgeoise un monde basé sur :
- la Raison,
- l’individu libre en droit, sinon dans les faits,
- et l’intérêt individuel bien senti.
Un homme libre, conscient de ses droits, et à la recherche de son intérêt, qui définit le « libéral » de l’ascendance…
Libéral de la période de l’ascendance dont la figure la plus parfaite fut et reste, en France, l’ironique Voltaire, soit « l’honnête homme » doublement spéculateur…
- Spéculateur sur le plan de l’esprit : le « cogito » de Descartes partant du « dubito » : « dubito ergo sum res cogitens » : je doute donc je suis un être pensant…
- Spéculateur aussi sur le plan des affaires, cet honnête homme empli de doutes étant aussi trafiquant d’armes et marchand d’esclaves, soit un libéral au sens anglo-saxon et thatchérien du terme !

Belles idées bourgeoises universelles et abstraites, rendues possibles par leurs moins belles conditions matérielles : libre penseur ET affairiste, c’est là que le bât blesse !
Voilà pourquoi, « libéral » signifie tout à la fois, dans notre imaginaire contemporain :
- homme d’esprit ouvert,
- mais aussi affairiste froid,
soit l’homme de droite et l’homme de gauche, puisque l’épistémologie libérale rationaliste mène aussi bien :
- aux « droits de l’homme » d’un Rousseau,
- qu’à l’égoïsme transgresseur d’un marquis de Sade.
Celui-ci n’ayant jamais fait, par provocation littéraire, que pousser jusqu’à ces conséquences ultimes l’amoralisme intrinsèque de l’éthique bourgeoise libérale…

Cette dualité constitutive de la sensibilité de l’homme de raison libéral, derrière lequel se tient l’homme du Marché, Marché lui-même considéré comme le seul lien social raisonnable - donc finalement naturel - entre les hommes, réduits du coup à l’homo economicus.
Cette dualité va constituer l’épopée collective de la bourgeoisie, selon le développement de ses contradictions pour donner, à la fois, l’histoire de la droite et l’histoire de la gauche bourgeoise : soit la lutte de la droite économique libérale, contre la gauche droitdelhommiste au sein de ce que le « petit théâtre bourgeois » va appeler le « débat démocratique ».

Cette dualité problématique va aussi constituer la « sensibilité bourgeoise », l’histoire de sa sensibilité culturelle que l’on peut qualifier de « conscience douloureuse ».
Une conscience douloureuse et coupable de cette contradiction, qui va pleinement s’exprimer dans la nouvelle forme artistique qui lui est consubstantielle : le roman bourgeois.

Mais si l’éthique bourgeoise de liberté et d’égalité formelle, fondée sur le droit naturel et la Raison, a permis l’ascension de la bourgeoisie, sa séduction sur le monde des idées par l’idéologie des Lumières, et enfin sa prise de pouvoir sur l’Ancien régime du fatum et du « droit divin », c’est le profit bourgeois, sa domination par l’argent, qui en a fait peu à peu la classe toute puissante…
Toute puissante au point de pouvoir se passer peu à peu de son éthique humaniste, au fur et à mesure de l’exacerbation intenable de ses contradictions.
Une éthique bourgeoise bientôt réduite à une rhétorique aussi desséchée qu’avait pu l’être la scolastique de l’Ancien régime, pour ne plus garder de l’humanisme rationaliste que son scientisme…
Le progrès scientifique ayant le gros avantage de témoigner à la fois de la supériorité de l’esprit bourgeois par la preuve concrète de sa domination de la matière, mais surtout de constituer - via le progrès technique -, une des clefs du renouvellement et de l’accroissement du profit.

Ainsi, progressivement, la classe sociale du « doute créateur » et de l’égalité en droit, est-elle devenue la classe de la fuite en avant technicienne mue par l’appât du gain. La valorisation du Capital - qui es l’autre nom du Marché – et son corollaire, la démocratie de marché, devenant la nouvelle religion des philistins qui, après deux siècles de pleins pouvoirs, finissent par nous faire regretter l’ordre ancien et la noblesse d’Ancien Régime !

Mais cette épopée bourgeoise, bien que triomphante, n’est pas allée sans heurts, ces heurts n’étant jamais que la preuve concrète, et plus encore l’incarnation, de ses contradictions morales et pratiques…

Car si la classe bourgeoise a dépassé l’aristocratie d’Ancien Régime, elle a aussi créé le prolétariat, le prolétariat et sa misère ouvrière, soit la preuve, par l’Histoire et la réalité concrète que, derrière l’entrepreneur, créateur de richesses, d’emplois et de progrès par la valorisation capitaliste de la technique, se tenait le spéculateur, créateur d’exploitation et d’inégalités…
L’histoire de la lutte contre cette violence, par ceux qui en furent victimes, constituant l’histoire même du mouvement ouvrier.

Une misère matérielle et morale de la classe ouvrière en contradiction flagrante avec la promesse des Lumières et son idéologie économique de la « main invisible » - censée amener le bien-être collectif par l’égoïsme individuel - qui est, ne l’oublions pas, à l’origine de la critique marxiste du capitalisme comme du projet communiste.
Le marxisme n’étant jamais que cette idéologie de combat, critiquant à son tour la classe dominante, comme la bourgeoisie de l’ascendance l’avait fait avec la noblesse de droit divin.

Idéologie socialiste du refus du mensonge de l’égalitarisme formel, comme de la fatalité divine, dont la stratégie fut elle-même double, avec d’un côté le syndicalisme de compromis, et de l’autre le syndicalisme révolutionnaire :
- d’un côté, une gauche scientiste, positiviste, tentant de réformer la bourgeoisie, mais en en gardant les fondements.
- de l’autre une gauche plus romantique, plus radicale, persuadée que l’éthique et l’épistémologie ne font qu’un, et qu’on ne peut échapper à l’une, sans repousser l’autre.
Une gauche radicalement anti-bourgeoise opposée au compromis social-démocrate, pour qui le problème ne se limite pas à l’élévation du pouvoir d’achat, qui tentera, sans jamais y parvenir, de dépasser l’ère bourgeoise libérale, tant sur le plan politique, qu’épistémologique et moral.

Gauche radicale qui essaiera de dépasser l’homme bourgeois soit par :
- l’idéologie de l’ « homme nouveau », qui débouchera sur le communisme pur et dur.
- Soit, en recourant en partie à des valeurs du monde ancien comme « la valorisation de la famille » chez Proudhon, « l’héroïsme ascétique gréco-romain » cher à Sorel, quitte à passer des alliances avec des forces anti-bourgeoises issues de l’Ancien régime et de la droite des idées…

Trois voies très différentes :
- La première aboutissant à notre actuelle gauche social-démocrate PS, soit cette gauche de collaboration avec la bourgeoisie du Capital qui a partout triomphé en Europe.
- La seconde aboutissant à l’épopée communiste soviétique et à l’histoire du PCF qui s’est finie comme vous savez.
- La troisième, à la fois révolutionnaire et conservatrice, et qui n’a jamais été qu’embryonnaire et expérimentale, mais qui est peut-être aujourd’hui la plus féconde et la plus porteuse d’espoir, avec des penseurs comme Latouche, Michéa et le dernier de Benoist…


L’épopée marxiste-léniniste, qui fut la plus importante par sa durée et son ambition - tentative de création d’un homme nouveau et d’une société sans classes - ne doit pas cacher qu’il y eut d’autres tentatives de sortir de la domination libéral-bourgeoise, tentatives non pas fondée sur le combat social et politique mais sur la fuite :
- La fuite individuelle, poétique, dans le passé mythifié par l’idéalisation du Moyen-Âge et de la Nature que fut le Romantisme.
- Fuite également individuelle, non pas dans le temps mais dans l’espace géographique par l’exotisme, qui consiste à fuir le monde bourgeois occidental pour aller vivre dans d’autres sociétés, souvent plus traditionnelles, sociétés de castes aux Indes, sociétés tribales en Afrique…
Une démarche de rupture par la fuite qui fut à l’origine, ne l’oublions pas, du mouvement hippie, même si cette tentative fut finalement transformée à son tour en marché…

Deux formes de passéisme qui ne doivent pas se confondre avec les expériences mixtes, mi-rétrogrades mi-futuristes que furent le fascisme et le nazisme.
Expériences politiques et sociales qui prétendaient garder la technique bourgeoise, mais mise au service d’une éthique puisée dans la période pré-bourgeoise, aux antipodes de l’idéologie des Lumières…
Tentative fasciste, tentative nazie, mélanges de rationalisme technique et d’irrationalisme éthique, qui ont elles aussi échouées… Et que la gauche, pour garder son leadership moral, feint souvent de confondre avec ces constructions de l’esprit plus subtiles que furent les idéologies de « troisième voie » qui se posèrent sérieusement la question, en Russie, en Allemagne et en France, des limites progressistes de l’idéologie du Progrès…

Tentative de troisième voie, qui s’incarna en France, dans l’éphémère cercle Proudhon, lieu de dialogue entre monarchistes nationalistes et syndicalistes anti-réformistes, où des hommes de bonne volonté, attachés par-delà leurs origines aux mêmes valeurs de noblesse de cœur, d’honneur, de combat et d’amour de la Patrie, tentèrent à l’aube de la guerre de 14, une improbable union sacrée anti-bourgeoise.
Une union sacrée des hommes de bonne volonté à laquelle le Système répondit par l’union sacrée cocardière contre les boches, comme aujourd’hui le même Système tend à empêcher l’union sacrée des victimes du Marché : petits patrons, artisans, employés, prolétaires de toutes origines, par l’union sacrée contres les beurs…
Soit la haine des Maghrébins que ces mêmes bourgeois au pouvoir ont pourtant massivement fait venir sur notre sol.

Malgré les échecs des tentatives trans-courants passées, je pense que c’est encore du côté de cette « troisième voie », de cette union sacrée généreuse et subversive vilipendée autant par la droite libérale que par la gauche trotskiste, que se trouvent les pistes les plus fécondes.
Je pense que c’est du côté de cette union sacrée, aux antipodes de la théorie actuelle du « conflit de civilisations », que se trouvent à la fois le salut de la France et une alternative à la médiocrité bourgeoise.

Une alternative à ce monde bourgeois aujourd’hui pleinement incarné par l’imperium américain, ses valeurs communautaires et inégalitaires derrière lesquelles se cache la volonté de toute puissance d’un capitalisme financier mondialiste, destructeur de spiritualités, de cultures, de différences, d’identités…
Un mercantilisme généralisé d’essence anglo-saxonne très loin de nos valeurs héléno-chrétiennes, gallo-romaines, celtes et de notre destin euro-méditerranéen…

Mais après l’échec, souvent dans le feu et le sang, de tous les régimes qui s’y sont opposés, il faut bien admettre que la démocratie de marché – ou la démocratie n’est en fait que le moyen du marché - ne fait, depuis les années 80, que marquer des points et s’étendre.
S’étendre, là où elle est née, en Europe occidentale à tous les domaines de la vie, y compris ceux de l’esprit, de l’intime par la marchandisation du corps, de la culture, de la médecine et même de la religion, réduite elle aussi, loin de toute transcendance à la loi libérale des droits de l’homme…
Démocratie de marché qui ne fait que marquer des points et s’étendre géographiquement : à l’Inde, à la Chine - l’Afrique y échappant seulement par la misère… et qui se révèle être, de fait, et contrairement aux affirmations naïves d’Hannah Arendt, le seul et vrai totalitarisme.


Alors que faire ?
Sans revenir sur les expériences passées, essayons de voir, aujourd’hui, ici, en fonction de la réalité et des forces en présence, quelles sont les alternatives possibles au monde bourgeois, à cette marche en avant d’un totalitarisme marchand qui ne cesse de muter pour se renforcer et se survivre…

Poussée en avant par la loi du profit, contrainte de trouver sans cesse de nouveaux marchés, la bourgeoisie pour rester maîtresse du jeu ne cesse de changer, changer jusqu’à nier les valeurs qui lui permirent de s’imposer…
Entrepreneuse et économe à la période du décollage, elle fonctionne aujourd’hui, à l’opposé : sur la spéculation financière - qui paralyse toute volonté d’entreprendre - et sur le Marché du désir, aux antipodes du moralisme bourgeois du XIXème siècle, démontrant par-là que le premier principe, le principe ultime du monde bourgeois auquel il est capable de sacrifier tous les autres, c’est le saint profit.

Un libéralisme qui fut puritain pour devenir libertaire, après et grâce à mai 68, et qui a encore muté depuis l’élection de Sarkozy en libéralisme sécuritaire.
Libéralisme sécuritaire… soit un régime libéral envers la bourgeoisie mondialiste et tout ce qui favorise l’affaiblissement de la Nation, mais un régime sécuritaire, non pas envers les délinquants ou les clandestins qui posent problème au peuple, mais envers les salariés et les classes moyennes, qui pourraient avoir envie de se révolter contre l’élite libérale.
Un régime libéral sécuritaire que l’on peut définir aussi, loin de toute remise en ordre, comme un libéral-libertarisme qui, se sentant passé de mode, fait semblant de résoudre les problèmes qu’il a lui-même créés et qu’il continue d’aggraver, par deux trois lois gadgets qui pénalisent toujours, en fin de compte, le petit bourgeois et le petit blanc.
Régime sécuritaire envers le peuple du travail, sans jamais toucher, en réalité, à la délinquance des prédateurs sous-prolétaires et des prédateurs de l’élite…
Une société libérale sécuritaire que l’on peut qualifier aussi de « Société de consommation policière », à la fois permissive pour l’abruti consommateur ET répressive pour le citoyen producteur, sur le modèle américain…

Car ce totalitarisme auquel nous devons résister, malgré la disproportion des forces en présence, nous vient d’abord, je le répète, du monde anglo-saxon.
Aujourd’hui incarné par l’empire américain, comme il l’était au siècle dernier par l’empire britannique, cette puissance d’essence biblico-protestante, inégalitaire et thalassocratique, s’est toujours montrée hostile à la France chrétienne et catholique, à son destin euro-méditerranéen, et ne lui a toujours proposé, en fait de partenariat, qu’une relation de sujétion.
Une soumission même, qui s’est malheureusement souvent accomplie avec la complicité des élites françaises,
- que ce soit celle de Philippe Egalité sous la Révolution française,
- de Pascal Lamy via la communauté européenne
- et bien sûr d’un certain président Sarkozy aujourd’hui…

Un libéralisme brutal, qui a tourné le dos à la morale des Lumières, et qui ne pouvant plus justifier ses exactions dominatrices et guerrières par la Raison s’est réfugié aujourd’hui dans la mystique, le Dieu tribal de l’élection de l’ancien testament…
Un ultralibéralisme mystique et mystificateur qui tente, depuis un certain 11 septembre, de nous entraîner dans un pseudo « conflit de civilisations » qui tend, surtout pour nous, à opposer Europe et Occident, à empêcher une Europe des peuples et des nations qui est notre intérêt, au profit d’un Occident qui n’est que le faux nom de la domination du capital anglo-saxon…

Une offensive de l’Empire capitaliste anglo-saxon qui passe aujourd’hui,
outre cette idéologie mystico-libérale des néo-conservateurs, par la globalisation. Une hégémonie mondiale du Marché - et de ceux qui le pilotent - qui passe nécessairement par la destruction des nations et notamment de la nation française.
Une Nation française systématiquement assimilée à la période cocardière et belliciste du Barrès de la deuxième époque, pour liquider, en réalité, ce modèle français progressiste, égalitaire, laïc et assimilationniste, qui protège à la fois notre souveraineté, la liberté de conscience et les acquis sociaux du peuple…
Une Nation que la droite libérale - au nom de la lutte contre l’archaïsme, épaulée par la gauche trotskiste - au nom de la lutte contre le nationalisme guerrier, s’acharne aujourd’hui à liquider. Collaboration en douce des libéraux et des gauchistes qui explique, sans doute, la cote du petit facteur de Neuilly auprès des médias et des décideurs !

C’est pourquoi pour résister à cette mise au pas impériale et à son totalitarisme mystico-marchand, nous devons, en premier lieu, défendre la Nation.
Défendre, face aux critiques de droite comme de gauche, non pas un nationalisme obsolète et vengeur, mais un néo-nationalisme, protecteur des acquis sociaux issus du CNR, de notre industrie, de nos emplois et de notre indépendance. Un alter-nationalisme capable de penser une saine coopération des nations et des peuples. Un nationalisme français, assimilationniste mais non métisseur, basé sur un Etat fort capable de dire les priorités en matière économique afin de protéger notre industrie, les bas salaires, les PME…
Un Etat fort doté aussi d’une vision stratégique conforme à nos intérêts nationaux.

Intérêts qui ne sont évidemment pas la sujétion à un Empire anglo-saxon qui nous a toujours méprisés sur le plan des valeurs et qui a toujours joué contre nous :
- que ce soit du temps de la perfide Albion, au Canada, en Inde…
- ou plus récemment avec les Etat Unis, quand on connaît le jeu pervers qu’ils ont joué en Indochine ou en Algérie, pour affaiblir notre rayonnement…

Bref, défendre une France sociale et non alignée.
Travailler, pour se faire, à des partenariats avec tous les régimes qui résistent au « Nouvel ordre mondial », du Venezuela de Chavez à la Russie de Poutine…
Sans oublier le prestige et la place qui sont encore les nôtres en Méditerranée, là où on parle encore français et où on respecte le passé de la France - sinon sa gouvernance actuelle, au Maghreb, au Liban…

Une fraternité de toutes les sociétés dont le rapport au temps, à l’utilité, au calcul se situe du côté d’un certain héroïsme, d’une certaine poésie de l’existence : Monde slave, monde arabe… qui ne sont pas sans rappeler, chez nous, la vision de notre catholicisme du Moyen- Âge, le socialisme romanisant aussi d’un Sorel, d’un Proudhon…

Compte tenu de l’échec du socialisme soviétique rejeté par les peuples,
comme du réformisme social-démocrate, entièrement soumis au diktat du capital, je dirais pour conclure, avant d’en débattre avec vous, que la seule alternative possible au monde bourgeois ne peut passer que par l’union sacrée des réactionnaires et des progressistes.
Union des réactionnaires : qu’ils soient catholiques, hellénistes, musulmans, monarchistes, mais tous attachés à un certain ordre classique… Tous ennemis du monde bourgeois, unis avec les progressistes, qu’ils soient issus du PCF de Georges Marchais, de l’actuel Parti des Travailleurs, sympathisants de la résistance serbe ou du chavisme vénézuélien…
Union des réactionnaires qui ont souvent eu raison et des progressistes qui se sont souvent fait avoir, contre les libéraux qui ont manipulé tout le monde et qui nous dominent aujourd’hui en nous divisant pour régner…


Contre ce monde voué au seul culte de Mammon où il ne s’agit plus, après l’échec du soviétisme et le triomphe à gauche de la sociale démocratie de marché, que de satisfaire le consommateur par l’augmentation constante d’un pouvoir d’achat permis par la Croissance…
Contre cet empire de la fuite en avant engagé dans la destruction de plus en plus visible de nos sociétés humaines et de la Nature par une politique de la Croissance qui pose de plus en plus de problèmes de surproduction, de pollution, d’inégalités et qui nous mène à la catastrophe…
Quel projet, quel espoir ?

Bien sûr, pas la révolution demain matin du « grand soir »…
Mais en attendant un plus favorable rapport de forces, ne pas subir de plein fouet, trop douloureusement, cette dictature mondialiste et marchande, en nous regroupant.
Nous organiser en réseau, être solidaires…
Continuer, malgré la destruction de l’intelligence et du sens, à produire la critique pertinente et nécessaire d’un monde fondé sur le changement permanent.
Elaborer une doctrine de lutte et de résistance sans tomber dans la scolastique, la stérile nostalgie, afin d’échapper, au moins par la conscience et la fraternité, à un Système qui, quand il ne nous mate pas dans nos têtes, nous réduit à la précarité, la solitude, la dépression…
Sans aller jusqu’au camp des saints, nous regrouper dans un projet collectif, maintenir un espoir, tenter malgré tout d’être vivants et heureux,
Raison pour laquelle nous sommes tous réunis ici !

Je vous remercie d’avoir écouté ce bref exposé et j’attends vos questions… forcément intelligentes et courtoises !

Alain SORAL

 
Avis aux auditeurs
29-10-2007
Conférence d'Alain Soral, le samedi 10 novembre à Madrid (dans le cadre des journées de la dissidence), le 1er décembre à Bruxelles (dans le cadre de la fête de l'identité).

 
Les islamophobes canadiens contre Alain Soral !
24-10-2007



 
Les identitaires contre Soral ?
10-10-2007
A la base, ils avaient une vrai sympathie pour le bonhomme : boxeur gaulois à la dialectique décalée, coco-réac et vrai mal pensant. De quoi combler ceux qui marient Maurras et Marcos, la prose soralienne rappelait les vieilles antiennes NR mais menton relevé et poing dressé, pour les fascistes ça fait toute la différence. Le père Soral n’épargnait personne et surtout pas le tribalisme des « z’y va ». Mais voilà, il y a des courages qui coûtent plus que d’autres : pas de « fatwa » pour Alain ni de lascars en colère, pas de MRAP, pas de rap mais du betar et de la LICRA : les procès se suivent et les agressions aussi, de la « sociologie subie ».

Tapez sur « sniper », vous serez repris et relayés par les flics et la droite. Egratignez le sionisme, vous finirez cramé à la Dieudonné. Ni islamophile, ni « ethno-maso » : juste attentifs aux faits, des faits têtus, des faits nombreux… Magie du 11 septembre, les « potes » période marche des beurs sont soudains devenus partouzeurs des catacombes ou proto-djhiadistes, des islamo-machos qui interdisent aux sœurs d’aller tapiner pour Marianne mère-macrelle. C’est le gouffre qui sépare l’épisode « Sos-Racisme » du présent « Ni putes, ni soumises ». En détroussant les mômes de la bourgeoisie lors des raouts anti-CPE, en optant pour la Tradition plutôt que le ballon, certains jeunes afro maghrébins ont sauté la barricade. Spahis, harkis, leurs parents ont parfois donné. La « récompense » ils la connaissent, après « Indigènes » c’est le carnage de Sétif: on ne les enfumera pas deux fois.

Que l’équipe de voxnr participe au baptème d’Egalité et Réconcilation, ça relevait donc d’une bonne logique. A noter que l’intervention « Islam et combat national » nous a été proposée, on ne l’a pas imposé. Pas question non plus d’un choix de Sophie à la petite semaine : notre présence n’était pas sous condition. C’est la nébuleuse identitaire qui a décliné l’invitation, allant même jusqu’à promettre des représailles à notre hôte. Fidèle à l’intitulé généreux de sa formation, jamais le patron n’a joué les hostiles, allant même jusqu’à poser qu’ « identitaires » et « républicains » devaient marcher ensemble, ou au moins ébaucher un dialogue. On digère alors mal les billets à la bile des sites identitaires. Je passe sur le dernier en date, un petit jus aigrelet et malveillant, qui sacrifie à une mode héritée de l’extrême gauche : pas de nom, donc pas de publicité. Bref celui qui n’est pas dans le bain jusqu’aux oreilles ne bite même pas de qui et de quoi il est question : le ghetto parle au ghetto.

En grattant un peu de mauvaise foi, on trouve pourtant de petits trésors, des remarques judicieuses, mais toujours en bas de page, à la dérobée. C’est pas viril d’être nuancé et pourtant: « il [Fabrice Robert] me semble utile de préciser que les Identitaires sont aussi favorables à la défense de la diversité car c’est bien celle-ci qui fait la richesse de l’humanité. Mais cette notion de diversité ne doit pas devenir une arme contre notre propre identité. » Nous n’avons jamais rien dit de plus : le voile des musulmanes, le turban des sikhs et le fromage au lait cru du gaulois ne sont pas négociables, les traditions ne sont pas négociables, tant qu’on ne cherche pas à les imposer on a pas à les marchander. Avec la Palestine martyre, l’Irak et l’Afghanistan occupée, la Tchétchénie outragée, l’Islam souffre pour sa libération : il peine déjà a assurer sa loi sur sa propre terre, comment l’imposerait-il ailleurs ?

A Téhéran, la Perse bobo rêve de donner des cours d’aérobic. A Alger sévit une scène « black metal », l’Internet a suffit, pas besoin d’immigration nordique pour importer la misère culturelle de l’occident. Gothiques de la Casbah, décérébrés par MTV, ils ignorent la lutte d’émancipation de leurs parents. Parlons du Japon, modèle absolu de Guillaume Faye : l’immigration n’y sévit pas vraiment, pourtant la jeunesse y est plus cosmopolite, plus débile, plus insignifiante que partout ailleurs. Comment hisser sur le pavois un pays où les mangas et les animés ne représentent que des traits européens, une vrai négation de soi… Les identités ne se menacent pas, ne se menacent plus, entre elles. Elles sont collectivement en danger, de l’intérieur. Le branleur des halls d’immeuble qui ne rêve que d’un 4x4 Cayenne et d’une boulette n’est pas un musulman puissant, c’est un américain en puissance…

Les responsables de toute cette misère sont à chercher du côté du CAC 40 pas de Khartoum… A qui profite l’immigration ? Certainement pas au clandé’, qui a surtout colonisé les petits ateliers pour finir calciné dans le gourbis infâme d’un trafiquant de sommeil. Le coupable nous le connaissons tous, ce n’est pas l’Islam, ce n’est pas l’immigré, c’est le libéralisme économique et son bras armé : l’américano-sionisme, celui des gras patrons et des gros actionnaires, des colons et des militaires. L’ennemi est en nous, il est de chez nous, ce sont nos décideurs moraux, politiques, économiques. Tout comme Montherlant, nous n’aimons pas notre pays malgré son indignité…

Source : http://www.voxnr.com

 

 
Les "gauchistes" de Le Pen
03-10-2007
Enquête. Le président du FN à l'université d'été de l'ex-communiste Alain Soral. Article paru dans le magazine Valeures Actuelles du 21 septembre 2007.


Les gauchistes de Le Pen
 
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