De : N. <xxxxx>
Date : Fri, 8 Aug 2008 18:28:34 +0000
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Cher Alain Soral,
Je suis pédé. Voilà, c’est dit. Veuillez excuser la brutalité de cette entrée en matière, mais ce nouveau « statut social » qui m’a été gracieusement accordé par les penseurs métaphysiques d’Act-up et autres Têtu se doit d’être fièrement exhibé dès le départ. C’est eux qui me l’ont dit. Et si je consens à m’inscrire pour commencer dans la pensée de la communauté « gay », c’est que selon eux, en disant cela, TOUT serait ainsi dit sur moi. Et pourtant….
Voilà belle lurette que je m’intéressais à vous. Pas à vous personnellement hein ! Attention ! Pas de crainte l’ami ! Faut faire gaffe à ce qu’on dit maintenant ! Non, ce que je voulais exprimer, maladroitement, c’est que je m’intéressais à votre pensée, à vos idées. Plus je les écoutais, notamment sur votre excellent site d’Egalité et Réconciliation, plus je les trouvais pertinentes, justes, sincères, profondément authentiques, et surtout d’une cohérence qui finissait par me donner quelque vertige ! J’ai donc décidé de sauter le pas, en bon déçu de la gauche que je suis, et de me procurer enfin l’un de vos ouvrages : Misères du désir.
Je viens de le finir à l’instant même et il m’est impossible de ne pas vous remercier de ce que j’y ai lu. A tous ceux qui crient au scandale sans jamais avoir pris la peine de lire une seule ligne de vos textes, je tenais tout simplement, très sincèrement, modestement, à l’instar de ce Pascal dont vous reprenez un message dans votre livre, à vous dire que jamais je ne m’étais senti respecté à ce point. Tout est juste dans ce que vous écrivez sur les homos et touche une certaine forme de vérité. Elle me touche, d’autant plus que ceux qui disent penser à moi (pour moi ?) ne font qu’enfanter une idéologie exclusivement orientée vers des intérêts économiques qui, s’ils venaient à disparaître, mettraient bien mal en point leur « gay friendly attitude » ! Je voulais vous répéter, si besoin était, que nous sommes bien plus nombreux que vous ne l’imaginez encore à vomir cette communauté par sa simple condition de communauté. Son projet immonde, pervers, tend à faire passer une singularité qui relève de l’intime au rang de statut social, projet soutenu par le vrai pouvoir puisqu’au service de celui-ci. A la question, « Que faites-vous dans la vie ? », on ne répondra bientôt plus que par : « Je suis pédé ! ». L’homophobie ? Je me marre ! Elle n’existe pas plus que l’homosexualité, ou disons pour être plus juste qu’elle existe sur le même mode que l’homosexualité : elle n’est qu’un symptôme. La peur des femmes, voire une véritable misogynie. Il n’y a qu’à regarder toutes ces fiotasses de la mode qui pensent adoooorer les femmes mais qui passent leur temps à jouer avec leurs corps comme avec des sacs de viande jusqu’à ce qu’elles deviennent anorexiques. Circonscrire clairement le corps de la peur, de la honte, du vieux péché, pour le serrer, l’écraser, l’étouffer, jusqu’à ce qu’elles en crèvent. Le pédé n’aime pas les hommes puisqu’ils représentent tout ce qu’il n’a pas réussi à incarner, par crainte, par injonction matriarcale, par lâcheté. Il n’aime pas les femmes non plus. Il n’aime que lui. L’homosexualité est avant tout une homophilie, mieux, une autophilie. Un narcissisme de plus, c’est tout. Quelle aubaine pour les tenants du libéralisme économique, puisque c’est dans la société marchande égocentrique que les gays pensent trouver leur salut, leur rédemption. A défaut de baiser une femme comme mon voisin, je vais acheter comme lui ! Rien d’étonnant à ce qu’ils soient tant à la mode : leur style de vie erratique, leur tempérament instable, excessif et brouillon, leur caractère pusillanime, velléitaire et superficiel ne peuvent que séduire l’économie de marché qui sait bien qu’elle a tout à y gagner ! Quand comprendront-ils que l’injonction actuelle du coming-out n’est qu’une stratégie supplémentaire pour les faire entrer insidieusement dans le moule de la consommation à tout-va ? On peut être pédé de nos jours, certes, c’est même préférable pour avoir un appart sur Paris ou introduire certains milieux (l’expression est parfaite je trouve), mais comme vous le dites très justement, il y a tout de même certains critères à respecter pour cela : si tu es vieux, moche ou pire encore, malheureux d’être comme tu es, tu n’as plus qu’à te foutre par la fenêtre ! Pédé et malheureux, pédé et pas FIER de l’être ? C’est ça aujourd’hui, la honte absolue, ou tout du moins, la suspicion la plus grave ! Vous savez comment on me traite quand je parle à quelques-uns de ces gays « so pride » de mes réserves quant au bonheur des homos aujourd’hui ??? De vieux ! On me traite de vieux ! Moi qui n’ai pas encore 30 ans ! Ca en dit long, non ? L’insulte suprême, c’est la vieillesse … Misères du désir ? Misère tout court ... Je le confesse, oui, je suis pédé et j’essaie juste de vivre avec, en tâchant de ne pas faire de mal aux gens que j’aime et en essayant d’être respectueux vis-à-vis de moi-même. Ne pas abîmer les autres et ne pas m’abîmer tout court, c’est tout, c’est simple finalement. Tout cela ne me semble pas incompatible avec un peu de lucidité et d’honnêteté sur ma propre condition. Mais je l’avoue honteusement, pour reprendre cet anglicisme qui lui aussi est lourd de sens, bien que pédé je ne suis pas gay…Juste disappointed, comme beaucoup !
Moi qui pensais, comme un con, que ma possibilité de dépasser, de transcender cette morbidité fondamentale dont parlait Genet résidait dans le projet républicain, dans le statut de citoyen qui ne fait plus de l’Autre mon ennemi ni un potentiel cul à prendre, mais celui dont j’ai besoin pour exister intérieurement. Le seul projet d’épanouissement qui ne soit pas délétère aux pédés est celui de la rencontre avec l’altérité par le projet du politique. Mais cela a un prix, vous le connaissez bien mieux que moi ! Car si le pédé est resté bloqué en phase anale (merci docteur Freud !), il éprouve encore bien du mal à regarder dans ses propres déjections…Question de confort personnel !
L’homosexuel doit accepter cette évidence. Il n’est qu’un point, le point unique de jonction entre les deux grands cercles du féminin et du masculin. Il est bien là c’est vrai, on peut le voir, le localiser, pourquoi pas le dénicher, mais comme tout point, il n’a ni profondeur, ni hauteur, ni largeur, ni superficie. Tout cela, ça se construit ailleurs, en dehors de son slip.
Alors continuez de laisser aboyer tous les abrutis qui vous taxeront d’homophobie. Beaucoup d’homos comme moi savent bien lire ce que vous écrivez, ne se laissent par prendre au piège de la tartufferie bourgeoise d’un Delanoë. Continuez de chercher à démasquer l’effroyable imposture à l’œuvre en ce moment. Le travail que vous avez engagé ne peut être laissé en suspens. Je vous fais pleinement confiance pour savoir que vous tenterez de le mener aussi loin que possible.
Merci donc pour finir, merci pour tout. De se sentir respecté à ce point, sans calcul, sans stratégie machiavélique de la part de l’autre, sans intérêt à extorquer à plus ou moins long terme, avec la seule intention de laisser parler ceux à qui on demande toujours de se taire, c’est ça que j’appelle le politique. J’ai le sentiment d’avoir une dette envers des gens aussi rares que vous. Et la gratitude est une politesse qui s’oublie en ce moment… Alors voilà, ça m’a fait chaud au cœur de vous lire Alain Soral, chaud à mon p’tit cœur de pédé !
Avec toute mon estime et ma gratitude,
Respectueusement,
N.