"Ratonnades et manipulations" Version imprimable Suggerer par mail
Interview de hermaphrodite.fr  | 7 octobre 2004
Propos recueillis par Sébastien Etievant


Alain Soral dérange. A tel point qu’on déforme ses propos, qu’on lui envoie des menaces de mort, qu’on va jusqu’à tabasser ses admirateurs. Auto-proclamé « agitateur depuis 1976 », Soral utilise son génie du pamphlet au service de « valeurs républicaines humanistes », s’attaquant au non-dit, défendant parfois l’indéfendable, multipliant les assauts violents contre les phénomènes et les personnages qui le répugnent.

Après Sociologie du dragueur, Jusqu’ou va-t-on descendre et Socrate à Saint-Tropez, Soral récidive avec Misères du Désir, mêlant comme à son habitude pamphlet virulent et analyse sociologique pertinente. Son cheval de bataille : la lutte contre la montée du communautarisme qui menace selon lui la pérennité de la cohésion citoyenne construite autour de l’idéal républicain. Qu’il s’agisse des féministes, de la culture gay ou encore des sionistes, chacun en prend pour son grade. C’est autour du débat sur cette dernière catégorie communautarisante que Soral s’est réconcilié avec le comique Dieudonné, avec lequel il a défendu la liste « euro-palestine », et qu’il s’est fait le plus d’ennemis.


Dernier brûlot en date : son intervention dans le cadre d’une émission « Complément d’enquête » consacrée à l’antisémitisme. Soral voulait inciter les sionistes de tout bord et de toutes nationalités à se remettre en question. Il s’attaquait dans son discours en particulier au sioniste français plus attaché à son idéal de colonisation en Israël qu’à l’harmonie dans son propre pays, la France. Introduite comme elle l’a été par le journaliste, en sus d’être totalement sortie de son contexte, la citation perd tout son sens.

Voix Off de Cyrille Devaud : "Le lobby sioniste, un argument classique des antisémites, tout comme d’ailleurs l’incapacité des Juifs à se remettre en cause".

Si on peut ne pas nier que les lobbys sionistes soient un argument privilégié par les antisémites, rappelons tout de même que l’assimilation de l’antisionisme à l’antisémitisme est bien l’arme favorite des extrémistes sionistes pour décrédibiliser leurs détracteurs, et c’est bien ce qui semble avoir eu lieu ici. Conséquence logique de cette manipulation, après être passé pour un antisémite sur le petit écran, Soral reçoit des menaces de mort. Mardi 28 Septembre, Alain Soral offre une séance de dédicace à ses lecteurs dans une petite librairie parisienne. Inquiet, il avait demandé la protection de la police, ce qui lui a été refusé. Plus d’une vingtaine de paramilitaires armés et casqués envahissent la boutique en début de soirée, saccageant les lieux, blessant entre six et huit personnes, et finalement fuyant en criant Israêl Vaincra.

Alain Soral a eu la gentillesse de prendre sur son temps pour répondre à nos questions, et de nous aider ainsi à faire le point sur son actualité brûlante.



Votre intervention télévisée dans le cadre de l’émission "Complément d’enquête" n’est sans doute pas étrangère à votre agression du mardi 28. Pensez vous que le caractère apparemment tendancieux de vos propos soit dû à une maladresse de votre part ou à une manipulation délibérée destinée à faire du sensationnel ou à vous couler médiatiquement ?

Mes propos n’étaient pas "apparemment tendancieux" mais pour le moins maladroits, ils répétaient pourtant, sur un mode émotionnel fort peu approprié, et dans un langage de bistrot qui n’aurait jamais du sortir d’un bistrot, l’énoncé fondateur - je ne pense pas vous l’apprendre - du sionisme de Bernard Lazare...
Trois causes à ce "dérapage" :


1) Ma lassitude de n’être jamais entendu quand j’essaie d’aborder ce volet de mon vaste travail sur la montée des communautarismes. Je ne suis pas un monomaniaque, mais à force d’être traité comme un chien, je finis par aboyer.


2) Le désir de faire un "coup" de la part d’un journaliste jeune et inculte que j’ai eu la candeur, durant une heure et demi d’entretien, de prendre pour un honnête homme, alors qu’il était de toute évidence en "service commandé".


3) La volonté d’un certain pouvoir de rendre définitivement ininvitable dans les médias un débatteur qui agace depuis trop longtemps, par ses pertinences et ses impertinences, sur bien des sujets...


.........


Quels sont exactement vos droits dans cette affaire ? Ne pouviez vous pas vous opposer à la diffusion de ces propos ? Allez vous faire valoir vos droits par un procès ?

Sans doute pouvais-je user de mon droit à l’image puisque je n’ai signé aucune autorisation de diffusion pour ce "piégeage". Mais pourquoi ajouter la lâcheté à la maladresse ? Ce que j’ai dit à ce journaliste, après tout personne ne m’a forcé à le dire, même si je pense que le Service public, dans l’esprit de sa mission, aurait du décider lui-même de ne pas diffuser cet extrait, propre à créer le trouble et l’émotion dans une période qui n’en a pas besoin... Mon avocat et moi avons juste prévenu qui de droit qu’en cas de nouvelle agression, suite à une éventuelle rediffusion, nous nous verrions obligé d’attaquer cette fois pour "mise en danger volontaire de la vie d’autrui".



Qu’est ce qui vous permet d’affirmer que la milice qui est venue gâcher votre séance de dédicace la semaine dernière appartient à la LDJ ou au Betar ?

En l’état actuel de l’enquête, rien, sinon un solide bon sens. Quant au choix du mot "gâcher", je constate que, sur certains sujets, l’euphémisation fonctionne toujours dans le même sens !



Aimeriez vous rectifier les propos que l’on a fait vôtres dans l’émission « Complément d’enquête » ? Quel était exactement le message que vous vouliez faire passer ?

Le message que je voulais faire passer et que tous le monde a compris, vous inclus, c’est que certaines élites communautaires juives, à force d’accumuler les maladresses (affaires Besançenot, Binoche, Mel Gibson, Dieudonné, Ramadan, Rabin Fari, RER D, Phinéas...) ne sont pas exemptes de responsabilités quant à cette montée des tensions qu’on appelle "antisémitisme". Monsieur Cukiermann lui-même ne vient-il pas de le réaliser, en annonçant un changement de cap dans la façon qu’aura dorénavant le CRIF de gérer son "rapport à l’autre", et le renvoi de son conseiller Alexandre Adler, que j’ai connu jadis au PCF beaucoup plus universaliste....



Dieudonné est venu vous rejoindre après l’agression. Alors que vous critiquiez violemment son engagement politique dans « Jusqu’ou va-t-on descendre ? », vous semblez être en très bon termes avec lui ces derniers temps. Qu’est ce qui vous à poussé à réviser votre opinion sur cette personne ?

Vous avez raison de rappeler que je m’étais un peu moqué de lui, par le passé, dans un texte intitulé "Dieudonné et l’esclavagisme". J’y démontrais, par un recours à l’histoire non mythifiée, qu’il avait plus de chance de descendre d’un marchand d’esclaves que moi !. Ce texte l’ayant interpellé, il avait souhaité me rencontrer et nous nous étions réconcilié autour d’un verre. Deux ans après, je l’ai défendu d’instinct chez Paul Wermus après son inacceptable boycott, et sans doute, en homme d’honneur et de devoir a-t-il voulu me rendre la pareille, quand à mon tour je me suis retrouvé sur la sellette... Un rapprochement qui n’a rien, vous en conviendrez, de communautaire...



En guerre permanente contre le communautarisme sous toutes ces formes, vous déplorez le fait que beaucoup d’individus soient plus attachés à leur communauté qu’à leur statut de citoyen. On se sent aujourd’hui parfois plus Juif, Homosexuel, Féministe, que citoyen français. Vous déplorez cet état de fait, mais quel est au juste l’effet de votre discours, sur la cohésion sociale en France ? N’avez vous pas, par votre discours franc et sans tabous, un peu peur d’enflammer des tensions inter-communautaires déjà dangereuses ?


Plutôt que de discours, j’aimerais d’abord qu’on parle de mes livres, de leur contenu profondément pédagogique et humaniste, dont l’effet ne peut être que positif. Malheureusement, leur absence totale de recension dans les médias pourtant prévus à cet effet, m’oblige parfois, pour ne pas disparaître totalement du champ du débat, à des numéros d’équilibriste médiatique où il m’arrive fatalement de ma casser la gueule, et de sombrer dans le contre productif ! Et là je vous pose à mon tour la question : " à qui la faute ?" Mais vous pouvez très bien penser, comme certains "pacifistes" sous l’Occupation, qu’à Résister on finit par agacer les Allemands, et qu’on cause ainsi de bien grands malheurs !

 


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