Pour ceux qui ne le connaissent pas encore, Alain Soral, sociologue, écrivain et cinéaste, est sans doute l'un des intellectuels français les plus turbulents et dérangeants de notre temps. Marxiste et catholique, le cocktail est souvent explosif et ses prises de position sur les sujets de sociétés très actuels (communautarismes, immigration, bien-pensance, féminisme, contraception), ainsi que ses portraits à l'acide de personnalités indétronables de notre paysage politico-médiatiques (Bourdieu, BHL, Finkelkraut, Noël Mamère etc...) amusent, choquent ou scandalisent. Mais derrière la plume et les propos qui se revendiquent libres et sans retenue, se cachent souvent une analyse intéressante, un éclairage particulier, d'une société déchirée par les séismes d'une modernité (individualisme, libéralisme, mondialisation) qui n'en est pas une pour notre auteur.
C'est en raison de ces avis très tranchés sur la défense du pacte social républicain français et aussi, faut-il l'avouer, parce que nous avons de l'affection pour Alain Soral (mi Don Quichotte - mi Roland Furieux) que nous avons souhaité lui poser quelques questions auxquelles il a eu la gentillesse de bien vouloir répondre. Le cadre restreint de l'entretien, qui ne permet pas de longs développements, accentue encore l'effet corrosif des prises de position de notre interlocuteur. Bien évidement, nous retranscrivons fidèlement les propos d'Alain Soral, sans censure, mais sans les cautionner non plus.
A cet égard, nous nous permettons enfin d'apporter une précision à l'une des affirmations contenues dans l'entretien. Génération République n'est nullement "parrainée" par l'UEJF ! Nous entretenons, en revanche, avec cette association (qui à vu le jour en 1944, à une époque des plus troublées de notre histoire) comme avec d'autres, des rapports d'intelligence et, avec son équipe dirigeante, une réelle sympathie. Même si la nature confessionnelle de ce syndicat étudiant est à l'opposé de notre conception républicaine de l'engagement politique et syndical, nous avons trouvé, chez nos camarades, un réel souci de la République, du devenir commun et des interrogations réelles sur les conditions de leur engagement associatif et militant qui ouvrent la porte à un dialogue constructif et à quelques actions communes.
Le modèle républicain français est souvent décrit comme ringard, arriéré, passéiste : quels étaient ses fondements ? Quelle est son actualité ?
D'abord Ringard. Qui a démodé le modèle républicain français ? Les libéraux-libertaires de 68 ! Désolé, mais plus l'histoire nous démontre à quel point le PCF avait vu juste sur le mouvement étudiant de mai, plus je préfère être ringard avec le De Gaulle du CNR que "branché" avec l'américano-impérialiste Romain Goupil ! Ensuite arriéré, passéiste...
La république citoyenne est sans doute, en terme d'échelle, la plus grande communauté humaine pacifique que l'histoire ait produite, donc, jusqu'à ce jour et compte tenu de l'échec de l'internationalisme soviétique, ce que les hommes ont crée de plus progressiste - donc de plus moderne - sur le plan de l'organisation collective.
Comparés à cette communauté égalitaire et fraternelle, les communautarismes (gay), l'ethno-tribalisme (juif), les régimes fondamentalistes (musulmans, hindouistes...) représentent un recul certains vers l'obscurantisme, l'intolérance, le non-droit et la violence.
Les fondements du modèle républicain français étaient et restent le "droit naturel" des Lumières, lui-même prolongement de la "loi" des grecs; non pas loi transcendante imposée, mais loi immanente, disputée et votée par tous.
Son actualité ? Pressante; la république de la liberté et de l'égalité - quand le prestige du faire s'efface devant le prestige de l'être - étant le seul rempart contre le chaos ultra-libéral et les régressions tribales.
Un rempart qui trouve en outre ses fondements dans la charité chrétienne qui commande à tous d' "aimer son prochain comme soi-même".
Quels groupes œuvrent aujourd'hui à la montée du communautarisme ?
Comme l'a bien identifié Emmanuel Todd dans son dernier livre, "Après l'Empire", les groupes qui œuvrent aujourd'hui à la montée du communautarisme sont d'abord les minorités agissantes du "cercle de la bible", ceux qui, contre la tradition héléno-chrétienne de l'égalité, repoussent les évangiles pour l'Ancien Testament : les protestants américains fondamentalistes bushistes et les juifs communautaristes et sionistes, également conseillers de Bush.
En France, tout les communautarismes montants : gay, islamique... se créent et se renforcent par imitation, hostilité et opposition au communautarisme judéo-sioniste, dont le statut privilégié constitue la jurisprudence communautaire sur laquelle s'appuient leurs revendications face à la république, contre la république (d'où la très médiatique affaire du foulard).
Une république qui, je le rappelle, est "une et indivisible", a pour but l'"intérêt général" et ne reconnaît dans la sphère publique aucune religion, ni communauté. Ainsi, que l'association ouvertement intitulée "des étudiants juifs de France", alors qu'il ne peut exister, selon la loi française, que des "étudiants français d'origine juive", association ouvertement communautaire et, qui plus est, ouvertement sioniste, donc défendant les intérêts d'un pays autre que la France, contre les intérêts stratégiques de la France, puisse faire partie des "parrains" de "Génération République" est un scandale moral et une insulte à l'intelligence de ses sympathisants !
Comment les citoyens attachés aux règles républicaines peuvent-ils agir ? Dans une société médiatique l'argumentation ne suffit pas (plus ?) : comment être entendu, et prioritairement des classes populaires ?
Le problème majeur, c'est que le refus individuel du communautarisme de la majorité silencieuse de notre pays ne constitue nullement une force politique face au travail constant et sournois des minorités agissantes qui, en bonne logique, continuent donc, malgré l'hostilité grandissante mais disparate, à gagner du terrain.
J'en sais d'ailleurs quelque chose, moi qui viens de subir par deux fois, malgré le républicanisme inattaquable de mes thèses, les persécutions physiques de la milice communautaire Act Up; sans oublier une certaine omerta de la presse écrite sur des livres qui ont quand même rencontrés près de 100 000 lecteurs !
Le grand paradoxe de la lutte anticommunautariste, c'est qu'elle exige d'individus qui n'ont pas cette sordide mentalité "tribale", qu'ils se muent à leur tour en leur contraire en devenant de vigilants et agissants "anticommunautatistes"", ce qui les oblige, de fait, à s'abaisser au niveau de l'ennemi, de sa conception anti-universaliste de l'autre et du monde.
Quant à l'argumentation, le niveau des médias de masse est tellement bas, le contrôle communautaire de ces médias tellement puissant (on le voit actuellement avec la "bouc émissérisation" des français d'origine nord-africaine, la confusion orchestrée entre lutte contre la voyoucratie des banlieues - qui suit, en réalité, le modèle social américain - et un prétendu islamisme absolument marginal en France), que cette même masse a forcément du mal à entendre et comprendre un message qu'on fait tout pour brouiller. Le seul moyen d'être entendu par les classes populaires est, et reste, l'action politique, et notamment le temps de parole offert par notre démocratie au petit candidat lors des campagnes électorales.
Quelle est votre opinion sur l'action du gouvernement, et plus particulièrement sur ces trois thèmes : la politique de sécurité ; la décentralisation ; la politique économique (baisse des impôts progressifs, réforme envisagée des retraites, etc.) ?
On s'est servi du désir de sécurité des Français face à la montée des nouvelles classes dangereuses générée par la crise ultra-libérale (sous-prolétarisation et affaissement de l'Etat-nation) pour ponctionner les classes moyennes au nom de la sécurité routière (alors qu'il meurt deux fois moins de monde sur les routes que dans les années 70 pour deux fois plus de voitures !).
La décentralisation, en favorisant l'émergence de baronnies locales financées par des détournements de fonds qui ne sont sans doute pas étrangers à l'explosion des impôts locaux, participe de cette même stratégie d'affaiblissement de la République, de cette logique régionaliste, différentialiste qui mène au statut corse, en attendant le statut basque et breton; soit à la disparition finale de la souveraineté nationale au profit d'une fédération européenne des régions sous contrôle intégral du Marché, via la banque centrale et les experts de Bruxelles.
Quant à la politique économique : baisse des impôts (auxquels 50 % des foyers français ne sont de toute façon pas soumis, faute de revenus suffisants) et baisse des retraites, fatalement due à la baisse du nombre d'actifs, elle-même conséquence de la déréglementation mondialiste, elle ne fait que révéler l'impuissance politique de nos dirigeants, quels qu'ils soient, quand le pouvoir de décision économique est, de fait, entre les mains des décideurs non élus de l'Europe ultra-libérale de Maastricht.
Mon opinion sur l'action du gouvernement Raffarin ? Une petite gestion impuissante et centriste avec Sarkozy à l'animation néo-lepéniste.
Vous vous définissez comme un "agitateur". La provocation dont on vous accuse régulièrement de faire preuve nuit-elle selon vous à la réception de votre pensée ?
D'abord, Je n'ai pas le choix.
Que ce soit Vers la féminisation ?, Jusqu'où va-t-on descendre ? ou mon dernier opus, Socrate à St Tropez, mes livres sont bien trop sérieux pour qu'on m'invite à ces émissions réputées "sérieuses" qui font actuellement la promotion, jusqu'à l'écœurement, du dernier "romanquète" du mille fois disqualifié BHL sur l'assassinat d'un certain Daniel Pearl !
Je fais donc un peu le "gugus" pour avoir accès aux médias de divertissements, afin que les gens sachent que mes livres existent. Mon apparente "légèreté" n'étant, en fait, que la stratégie léniniste du faible contre le fort dans un combat éminemment politique. Un peu plus de sérieux dans ma présentation, et la diffusion de mes idées serait effectivement, comme le souhaitent mes ennemis, absolument confidentielle !
Au-delà, cette remarque, qui prend l'esthétique du sérieux pour le sérieux, est la preuve d'une dérive, d'un affadisssement de la figure du tribun et du publiciste, de Rousseau à Pasolini en passant par Clemenceau et Churchill, vers le fonctionnaire, le prof, le technocrate de la pensée, l'idéologue d'Etat de bas niveau à la Bourdieu, le militant communautaire hystérique à la Finkielkraut, contraints, pour cacher leur médiocrité, leur fausseté, de jouer les austères comme Tartuffe, quand l'histoire des idées nous enseigne que les plus grands penseurs furent souvent des intellectuels-artistes pleins de panache et de fantaisie !
Soyons un peu sérieux : la seule chose qui nuit aujourd'hui à la réception de ma pensée c'est la barrière des médias, soit l'oppression du pouvoir, comme ce fut toujours le cas dans l'histoire pour les intellectuels authentiquement profonds et subversifs. |